Wow, j'ai un job à la con

On a pu lire dernièrement quelques article sur les “bullshit jobs” (ou “boulot à la con” en français)

Il s’agit de métiers dont ceux qui les exercent savent pertinemment qu’il ne servent à rien.

Beaucoup de gens semblent s’y retrouver, l’article ayant un certain succès : il a été traduit dans plusieurs langues et est partagé à toute vitesse sur les réseaux sociaux. Ironie du sort, les personnes partageant l’article sur facebook pendant les heures de travail sont les plus à risque d’être dans la catégorie de ceux qui exercent un boulot à la con.

L’article en question parle principalement du monde de l’entreprise. Malheureusement, il semble que cette vague de boulots créés à des fins inutiles contamine aussi les administrations et services publics.

 

Le selor entre en scène

En parallèle, je découvre que le Selor (encore lui) a lancé le site www.jesuiswow.be, site destiné aux fonctionnaires désirant savoir si il sont wow ou pas.

Le fonctionnaire new wow c’est qui? Il s’agit de celui qui pratique la new way of working, la nouvelle façon de travailler.

Je n’ai pas trouvé beaucoup de références sur internet de ce “concept”, à part quelques pages fumeuses et un site qui tente de vendre un livre fumeux lui aussi vantant la méthode.  )

Si on en croit ce jeu, la journée type du fonctionnaire c’est tourner en rond dans un open space, lire des mails, trier des listes par ordre alphabétique, essayer d’augmenter le chiffre d’affaire, faire des réunions marketing, organiser des goûters d’anniversaire, faire des brainstorming, organiser la prochaine activité de teambuilding, faire des propositions pour réduire l’utilisation du papier dans le service, jouer à oxo par chat, et j'en passe...

Ce qui est amusant avec ce jeu, c’est qu’il est auto référentiel puisque probablement les agents du selor, pour calmer leur ennui mortel se sont dit qu’ils allaient (faire) réaliser un petit jeu vidéo parlant de leur job et donc de leur ennui.

Ce qui est nettement moins marrant, c’est de se dire que l’organisme chargé de l’engagement du personnel de service public a une image totalement “bullshit” du travail de fonctionnaire. Ce jeu en est la preuve criante. Celui qui se risque à passer un examen du Selor aura confirmation de ce que l’on attend de lui.

Certaines voix se font entendre pour dénoncer une dérive qui s'opère dans les administrations : elles ne joueraient plus leur rôle de support qu’un service public doit apporter. Support au public (dans ses démarches administratives par exemple), support aux professionnels (création de lien, information, formation, mutualisation des outils et des connaissances), support aux collègues (pour créer ensemble une institution avec ses positions et ses idées).

Mais quand le support ne supporte plus rien, quand ceux qui sont censés aider ne font que rajouter une couche d’abstraction à un shcmilblick déjà compliqué, on entre dans l’ère “bullshit”.

Une ère nauséabonde, remplie de procédures de plus en plus absurdes, de délégation des responsabilités, de réunionite suraigüe, de paperasse électronique (pire encore que le papier car instantanée et sans limite), d'abstraction de la réalité de ceux qui font un travail “utile”, d’un ralentissement sans fin des procédures du à leur complexification et paradoxalement causé par l’accélération des échanges électroniques. Une période où sous-traitance et consultance ont pris la place de la connaissance et de l’engagement.

Finalement celui qui, fonctionnaire ou non, ayant un boulot à la con, et donc ayant du temps à jouer à des jeux sur le temps de boulot, pourra toujours se consoler en se disant qu’il n’est pas le seul.
Ah non, pardon, ce jeu est destiné aux chômeurs qui ont le temps...

 

Les pierres bleues

Depuis plusieurs années en Belgique, des centaines d'Afghans vivent une vie de demandeurs d'asile.
La raison en est simple et forte: leur pays en guerre depuis plus de trente ans est devenu trop dangereux que pour y envisager un avenir.

Alors que jusqu'en 2010, la Belgique n'expulsait pas vers l'Afghanistan, les réponses politiques aux demandeurs d'asile sont nettement plus pessimistes depuis: 40 % des demandes d'asile ont été déboutées, des expulsions ont été organisées, les familles ne reçoivent pas de titre de séjour, les situations spécifiques des femmes et enfants ne sont pas prises en compte, les centres pour réfugiés sont vidés depuis juillet dernier par la secrétaire d'état à l'Asile, à l'Immigration et à l'Intégration sociale Maggie De Block.

Plus de 120 afghans ont décidé de se regrouper afin de montrer le caractère collectif de leurs revendications.

Après de multiples occupations à Bruxelles, nous les avons rencontrés dans la dernière en date, l'église du Béguinage. Dormant à même le sol, des familles tentent de résister au froid, en l'attente d'une réponse positive d'un gouvernement qui se montre très absent sur la question.

A l'heure d'aujourd'hui, quatre belges ont entamé une grève de la faim pour les soutenir.

Une présentation très bien faite de la problématique :
issuu.com/occupybrusselsbelgium/docs/we_want_justice__2_/1?e=10152793/5924331

Signez la pétition :
secure.avaaz.org/fr/petition/Gouvernement_belge_Soutien_aux_revendications_des_refugies_Afghans/?tGwHrgb

Site internet :
450afghans.owlswatch.net/

Facebook :
facebook.com/AfghansDuBeguinage

Bestiole

Nouveau projet avec Bulu

Il s'agit d'un robot marcheur utilisant une arduino trinket comme cerveau, des servo-moteurs comme jambes et une batterie de GSM comme source d'énergie.

La mécanique a récemment été implantée dans un chien en contre plaqué. Images suivront.

 

 

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Actiris se lance dans la télé réalité

Si vous avez la chance d’être inscrit chez Actiris comme demandeur d’emploi, vous avez sans doute reçu le mail reproduit ci-dessous :

 

La RTBF lance un appel à candidature pour sa

nouvelle émission sur l'emploi  :

 

 

 

 

 

Je veux ce

 

 

 

Joooooob!

 

Vous ne cessez de postuler mais les portes se ferment systématiquement ?

Alors ceci est pour vous !

 

Aujourd'hui, envoyer un CV est souvent loin d'être suffisant pour se faire engager. Il faut parfois employer tous les moyens pour intéresser un chef d'entreprise et trouver le travail de ses rêves.

Cette nouvelle émission s’intéressera au destin de deux candidats qui doivent relever un défi de taille pour séduire et convaincre un futur employeur.

Nous recherchons donc avant tout des personnalités : hommes et femmes, de tout âge, dans tous les secteurs d’activité. Ce qui est primordial, c'est la motivation et l'ambition.

Si vous correspondez à ce profil, contactez-nous à l'adresse suivante jvcj@ebuco.be

 

Actiris, au coeur de l'emploi


 

Actiris, aidé par la RTBF et une boite privée, se lance dans la télé-réalité et fait un casting de candidats chômeurs qui cherchent désespérément un emploi.

 

On peut se demander à quel titre Actiris et la RTBF se lancent dans une telle entreprise. Ou dans quelle mesure cela relève du service public.

Bien entendu, nous ne saurons jamais qui a été à l’initiative de cette brillante idée. Tout ce que l’on peut dire, en lisant le mail envoyé, c’est que le concept, foireux d’avance, risque de donner un résultat affligeant.

Surtout quand on lit :
Il faut parfois employer tous les moyens pour intéresser un chef d'entreprise et trouver le travail de ses rêves”.
Quels moyens exactement ils ont en tête, et comment cela pourra se traduire à la sauce téléréalité est un exercice laissé au lecteur. Nabila chez Caterpillar? Mario chez Mital? Jean-Pascal à la maison communale?

Ou encore :

Nous recherchons donc avant tout des personnalités : hommes et femmes, de tout âge, dans tous les secteurs d’activité. Ce qui est primordial, c'est la motivation et l'ambition.
Ah, effectivement, hommes et femmes, de tout âge et de tout secteur est une excellente définition de la personnalité. De toute façon, ce qui compte surtout, c’est la motivation et l’ambition. C’est à dire avoir les dents bien longues et bien aiguisées pour se défendre dans l'arène de la recherche d’emploi.

Et enfin : “Cette nouvelle émission s’intéressera au destin de deux candidats”. Ou comment avouer à demi-mots que la recherche d’emploi est dorénavant une affaire de chance, de destin, de hasard en somme.

Quel message fait-on passer avec ce genre de projet? Il y en a plein, et il n’y en a aucun qui me plait :

  • Actiris sort complètement de ses missions en devenant partenaire d’un projet télévisuel qui crée de la confusion en mélangeant réalité et fiction. Passe encore quand il s’agit de faire du karaoké ou de glander dans un loft, mais quand l’enjeu c’est de faire jouer la comédie de la recherche d’emploi dans un contexte complètement bouché, la pilule ne passe pas.
  • Une boite privée arrive à convaincre un service public de jouer avec la précarité des gens dans un climat de recherche d’emploi plus que tendu.
  • Ce même service public semble trouver tout à fait normal d’utiliser sa base de donnée pour faire un mailing qui propose un casting pour participer à une émission télé.
  • Le produit est tellement sous traité que ni la rtbf, ni actiris ne vont se salir les mains à faire le casting, ce sont les employés de la boite privée qui vont s’en charger, ils ont l’habitude.
  • Et enfin, la rengaine habituelle mais néanmoins consternante : la rtbf n’est plus capable (depuis longtemps) de produire elle même des émissions de qualité. Elle sous-traite, avec comme résultat probable des sous-produits.

Alors que le climat est de plus en plus difficile pour les chercheurs d’emploi, qu’Actiris va reprendre les missions de contrôle de l’onem, cette décision de lancer une émission de téléréalité est particulièrement de mauvais goût.

 

Updates :

http://annelowenthal.wordpress.com/2013/06/30/decence-2-actiris-la-rtbf-et-le-destin/

http://blog.smartbe.be/actiris-rtbf-je-veux-ce-joooooob/

http://rtbf89.blogspot.be/2013/07/je-veux-ce-joooooob-combat-de-pauvres.html